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La simplicité volontaire et heureuse

Le mot « austérité » n’est pas agréable à entendre, dans l’esprit de la pluspart des gens, il évoque la privation des plaisirs quotidiens, une vie morne et des restrictions interdisant de s’épanouir. L’histoire montre que les programmes d’austérité sont généralement peu efficaces, du fait qu’ils induisent un sous-emploi, conduisant au chômage et à la récession. La simplicité volontaire est un concept très différent. Elle ne consiste pas

à se priver de ce qui nous rend heureux, ce serait absurde mais à mieux ce qui procure une satisfaction véritable et à ne plus être assoiffé de ce qui engendre davantage de tourments que de bonheur. La simplicité va de pair avec le contentement.

La simplicité volontaire , selon l’activiste social américain Duane Elgin, est une vie extérieurement simple et intérieurement riche. D’après lui, cette simplicité n’exige pas un « retour à la terre » pour ceux qui l’ont déjà quittée et peut être pratiquée dans toutes les situations. Simplifier notre existence, c’est avoir l’intelligence d’examiner ce que l’on considère habituellement comme des plaisirs indispensables et de vérifier s’ils apportent un authentique mieux-être. La simplicité volontaire peut être ressentie comme un acte libérateur. Elle n’implique donc pas de vivre dans la pauvreté, mais dans la sobriété. Elle n’est pas la solution à tous les problèmes, mais elle peut certainement y contribuer. La simplicité volontaire n’est pas non plus l’apanage de tribus primitives qui n’ont

pas d’autres choix : un sondage effectué en Norvège à montré que 74% des personnes interrogées préféreraient une vie plus simple, centrée sur l’essentiel et l’indispensable, à une vie opulente liée à de nombreux avantages matériels obtenus au prix d’un stress élevé. La simplicité volontaire n’est pas non plus une mode née dans les pays riches. Cette façon de vivre, parfois associée à la sagesse, à été louée de tout temps dans toutes les cultures. L’écrivain et penseur Pierre Rabhi, l’un des pionniers de l’agroécologie, estime que le temps est venu d’instaurer une politique et une culture fondées sur la puissance d’une  « sobriété heureuse » à laquelle on à librement consenti, en décidant de modérer ses besoins, de rompre avec les tensions anthropophages de la société de consommation et de remettre l’humain au cœur des préoccupations. La crise actuelle à en effet deux aspects, le premier est un drame humain, celui des populations les plus pauvres qui souffrent durement des crises financières et de l’inégalité croissante, alors que les riches sont peu affectés et en profitent même pour s’enrichir davantage. Le deuxième est lié à la quête inépuisable du superflu. La simplicité volontaire est à la fois heureuse et altruiste. Heureuse du fait qu’elle n’est pas constamment tourmentée par la soif du « davantage », altruiste, car elle n’incite pas à concentrer entre quelques mains des ressources disproportionnées qui, réparties autrement, amélioraient considérablement la vie de ceux qui sont privés du nécessaire.

Extrait de: Plaidoyer pour L’Altruisme de Matthieu Ricard