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Fumez-vous ?

La seule question qu’on vous pose à répétition dans les hôpitaux lorsque vous êtes atteint d’un cancer, c’est « fumez-vous »? Pas, « Mangez-vous chez McDo souvent? » Pas, « Buvez-vous de l’eau occasionnellement? » Pas, « Est-ce que votre exercice le plus brutal consiste à vous lever le matin? » Non, « Fumez-vous? »

Il est vrai que 1 cancer sur 5 est dû au tabagisme, qui est responsable de 70% des cancers du poumon, le cancer le plus meurtrier au Canada, tant chez les hommes que chez les femmes. Au risque de décevoir, on est presque gêné de dire que l’on ne fume pas. Selon le professeur Richard Béliveau, de 66 à 75% des cancers de l’estomac, du colon et du rectum et de 50 à 75% des cancers de l’œsophage pourraient être prévenus par l’alimentation.

Passe encore qu’on ne fasse pas le lien entre l’alimentation, notre mode de vie et un cancer du cerveau encore que mais entre un cancer du colon et l’alimentation dans les pays industrialisés? Le cancer du colon est la deuxième cause de mortalité par cancer chez l’homme et la troisième chez la femme. Les médecins parlent très peu d’alimentation ou pas du tout, tout simplement parce que leur formation médicale est très pauvre en glucides, en lipides et en oméga-3.

Généralement, ils se réfèrent à des nutritionnistes qui, elles, se retranchent derrière le Guide alimentaire canadien. Rien de très novateur sous le soleil. Les statistiques qu’on nous sert le plus souvent s’appliquent à tous, indistinctement; aux vieillards, aux carnivores, aux hospitalisés qui se font livrer du PFK dans leur chambre (vu de mes yeux), aux fumeurs en jaquette bleue tirant leur poteau à soluté, aux sédentaires, aux jeunes de 20 ans qui décèdent plus rapidement car les cellules se multiplient plus vite, aux déprimés chroniques, aux malades imaginaires, aux affligés d’une génétique poussive, aux colons du colon et aux suicidaires déguisés.

Entre les chiffres il y a un monde. Et c’est dans ce monde que la médicine évolue. « On traite des diabétiques qui boivent du Coke », me confie une amie médecin. Un de mes médecins me soulignait d’ailleurs qu’il est bien difficile de conseiller les patients car ceux-ci ne sont pas intéressés à modifier leurs habitudes, quand je fais faire un test de glycémie à une patiente enceinte et que la seule chose qu’elle a avalée le matin, c’est un Pepsi, on part de loin.

Je suis toujours épatée de voir combien les médecins ne jugent pas, pour la plupart. Ils assistent, impuissants, aux limites de chacun. Comme mon père, pneumologue, qui acceptait de traiter des cancéreux qui fumaient. Il prétendait que la cigarette était aussi difficile à arrêter que l’héroïne. Notre bon gouvernement austère et chirurgical coupe dans la prévention, la santé publique et l’éducation… Tout le monde sait qu’il vaut mieux prévenir, mais le court-termisme semble avoir le dernier mot. Au bout du compte, c’est le cancer qui l’aura.

Extrait de: « Je ne sais pas pondre l’oeuf, mais je sais quand il est pourri »

Édition Flammarion

circulairedumois-novembre2016