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Rapport sur la menace du blé transgénique
Blé maudit : La menace du blé
transgénique
Rod MacRae, Ph.D. en agriculture
Consultant en politique alimentaire
Holly Penfound, B.A. Coordonnatrice de la campagne en santé
environnementale Greenpeace
Canada
Charles Margulis, B.A. Expert en OGM Greenpeace États-Unis
La version intégrale en anglais de
ce rapport est disponible sur le site internet anglais de : www.greenpeace.ca
RÉSUMÉ
Des généticiens manipulent à l'heure
actuelle une des plus importantes denrées de l'humanité : le
blé. Cette céréale revêt une grande signification
économique, nutritionnelle et culturelle. Avec le riz et le
maïs, le blé constitue la principale source de glucides au
monde.
L'introduction du blé génétiquement
modifié (GM) est à nos portes, même si son développement et sa
commercialisation ont pris plus de temps que ceux des autres
cultures vivrières d'importance (maïs, canola et soya). Bien
que de nombreux types de blé transgénique soient en
développement à l'heure actuelle, c'est le blé tolérant au
glyphosate de Monsanto, baptisé blé de printemps Roundup
Readyä ou blé RR, qui sera vraisemblablement le premier à être
commercialisé. Monsanto refuse d'annoncer la date prévue de
commercialisation du blé RR, mais elle a déclaré qu'elle
prévoit soumettre en 2002 une demande d'approbation aux
États-Unis, au Canada et au Japon.
Un important mouvement contre la mise en
circulation du blé transgénique, notamment le blé RR, existe
déjà. Il regroupe entre autres plusieurs intervenants
provenant de milieux réputés pour leur modération. De
nombreux producteurs agricoles s'opposent fermement à
l'introduction du blé RR. Ils craignent d'avoir de sérieux
problèmes à contrôler les plantes nuisibles, malgré la
prétention que le blé Roundup Readyä facilitera la lutte
contre celles-ci. Les groupes de défense des consommateurs et
de l'environnement s'inquiètent des dommages qu'il pourrait
causer à la santé et à l'environnement.
Six raisons principales motivent cette
vaste opposition au blé GM.
1. Les États-Unis et le Canada perdront
des ventes de blé parce que d'importants marchés refusent
d'acheter le blé transgénique
Le principal groupe d'exportation
américain, US Wheat Associates (USWA), a constaté une forte
opposition au blé transgénique parmi les importateurs. USWA
note que 44 pour cent de tout le blé du printemps est exporté
dans les pays membres de l'Union européenne, au Japon et en
Corée, lesquels ont tous déclaré à maintes reprises et de
manière catégorique qu'ils n'accepteront pas le blé
GM. Selon des estimations de la Commission
canadienne du blé (CCB), deux tiers du blé canadien exporté
est acheté ou reçu par des pays qui refusent le blé
transgénique. La CCB indique aussi que même les marchés
nationaux canadien et étasunien rejettent le blé
GM.
À titre d'exemple, voici quelques
positions et déclarations d'acheteurs de blé nord-américain
:
· L'association des minotiers du
Japon (JFMA), qui contrôle plus de 90 pour cent de l'ensemble
du marché du blé au Japon, a déclaré que : " Les consommateurs
japonais sont très méfiants et doutent de la sécurité des
produits agricoles GM? [L]es minotiers doutent fortement que
tout produit de boulangerie, de pâtes alimentaires ou de
pâtisserie fabriqué avec du blé GM ou même du blé
conventionnel qui pourrait contenir du blé GM soit accepté sur
le marché japonais. "
· Rank Hovis, le plus important
minotier de la Grande-Bretagne, l'association des minotiers
anglais et irlandais et Warburtons, une des premières
boulangeries (qui achète le blé de 900 producteurs à contrat
canadiens), ont tous déclaré qu'ils rejetteront le blé GM. Un
porte-parole de Rank Hovis a noté que si le blé GM était
approuvé, la compagnie mettrait fin à tous ses achats de blé
nord-américain.
· Le PDG du plus grand minotier
d'Italie, Grand Molini, abonde dans le même sens : "
L'industrie de la minoterie européenne n'achètera plus un seul
kilo de blé des États-Unis. "
· Un représentant du premier
minotier de la France a déclaré qu'une fois introduit le blé
GM, son pays cesserait tout achat de blé de printemps des
États-Unis.
· André & Cie SA de Belgique,
qui fournit du blé américain aux minoteries partout en Europe,
a expliqué à U.S. Wheat que le blé GM décimerait la part du
marché européen des producteurs américains. Un porte-parole de
cette société a noté que son opposition au blé transgénique
était encore plus forte en 2002 que l'année
précédente.
· Selon l'USWA, des représentants de
la Corée du Sud ont déclaré qu'ils n'accepteraient pas de blé
GM. La Corée possède une des réglementations les plus sévères
au monde en matière d'aliments GM.
· Les représentants d'autres pays
qui achètent le blé nord-américain, notamment l'Égypte,
l'Algérie, les Philippines, l'Indonésie, la Malaisie et la
Thaïlande, ont indiqué qu'ils refuseraient le blé
transgénique.
2. La ségrégation du blé GM s'avérera
probablement impossible parce que l'infrastructure existante
ne peut assurer les niveaux de pureté requis
Le blé GM peut contaminer le blé non GM
de plusieurs façons. La contamination peut se produire par
transport de pollen et par pollinisation croisée ainsi que
durant le transport et la manutention. Il faudrait apporter
d'énormes changements au système de production, de transport
et d'entreposage pour garantir une pureté à 100 pour cent. Tel
qu'indiqué ci-dessus, un grand nombre de clients à l'étranger
ont déclaré qu'ils refuseraient tout blé ayant un niveau de
contamination transgénique aussi faible soit-il. Même Monsanto
a reconnu à plusieurs reprises qu'une fois le blé RR mis en
circulation, il sera impossible de garantir la pureté à 100
pour cent du blé non transgénique.
Sur la ferme, la contamination peut aussi
survenir durant la semence et la récolte, si l'équipement
n'est pas nettoyé correctement ou si le grain est répandu. Le
transport par camion du grain récolté sur la ferme est aussi
une source de contamination. Mais c'est la manutention du blé
qui comporte les plus grands risques de contamination. Ni le
Canada, ni les États-Unis ne disposent d'un système qui puisse
séparer le blé GM du blé non GM et d'après les experts, il
faudrait apporter d'importantes modifications coûteuses pour
faire place au blé GM.
3. Pour faire place au blé transgénique,
il faudra réviser ou abandonner l'actuel système canadien
d'enregistrement des variétés de blé, une mesure qui ternirait
la réputation du Canada en matière de qualité
Au Canada, la réglementation actuelle du
système d'enregistrement des variétés de blé exige que l'on
puisse distinguer toute variété de blé GM nouvelle de ses
variétés analogues non GM. En vertu de cette réglementation,
l'organisme de contrôle considérerait fort probablement qu'il
n'est pas possible de distinguer le blé GM, et son inscription
serait par conséquent refusée. Il y a présentement des
propositions sur la table pour assouplir le processus
d'inscription variétale de manière à ce qu'il se rapproche du
système moins rigoureux des États-Unis.
Mais le blé canadien jouit d'une
réputation sans égal à cause de son système d'enregistrement
variétale qui assure à ses clients un blé d'une qualité
invariable. Il semble que le blé GM ne pourra être inscrit que
si l'on procède à une refonte complète du système, une mesure
qui affaiblirait considérablement la réputation du Canada en
ce qui concerne la qualité de ses variétés de blé.
4. L'introduction du blé transgénique
forcera les agriculteurs à relever des défis de taille et peu
d'indices laissent croire que les bénéfices économiques
escomptés se concrétiseraient
Les sociétés de biotechnologie promettent
aux producteurs des rendements accrus, une consommation
réduite de pesticides et des avantages économiques globaux
pour le blé GM. Pourtant, ces promesses tardent toujours à se
réaliser en ce qui concerne les autres plantes GM. Au
contraire, les cultures RR ont entraîné pour de nombreux
producteurs agricoles une dépendance accrue envers les
produits chimiques toxiques, une diminution des rendements et
une augmentation des coûts causée par l'apparition de plantes
spontanées résistant au Roundup.
En fait, jusqu'à maintenant, le bilan des
plantes tolérantes aux herbicides montre en moyenne une
croissance de la dépendance envers les herbicides et une
diminution des rendements. En général, les producteurs qui
cultivent des plantes RR doivent augmenter le nombre
d'applications d'herbicide. Aussi, les plantes spontanées
tolérantes à l'herbicide qui apparaissent sont plus difficiles
à éliminer, ce qui exige l'application d'une plus grande
quantité d'herbicides.
Par ailleurs, les producteurs de blé
peuvent depuis toujours conserver leurs semences pour les
replanter. Ils perdraient ce droit si le blé GM était cultivé
à grande échelle. Même les producteurs de blé non transgénique
seraient obligés d'acheter des semences certifiées non GM pour
éviter tout risque de contamination. Ils ne seraient donc plus
en mesure de réutiliser leurs propres semences. Ce changement
aura des répercussions importantes sur le coût des semences.
Lorsque l'on ajoute cette nouvelle dépense au coût croissant
des produits chimiques, à la diminution des rendements
potentiels et au problème de la ségrégation, l'option du blé
RR comporterait un risque économique sérieux, même sans tenir
compte du spectre de la perte des exportations.
5. L'introduction du blé transgénique
pourrait causer des perturbations écologiques, y compris
l'utilisation de pesticides encore plus nuisibles pour
l'environnement et une réduction de la
biodiversité
Si des apparentés sauvages du blé
acquièrent par flux génétique la tolérance au Roundup du blé
RR, on pourrait assister à l'apparition de mauvaises herbes
impossibles à éliminer. Par ailleurs, l'utilisation accrue du
Roundup suite à l'introduction du blé RR aurait des effets
directs et indirects sur la qualité du sol et de l'eau ainsi
que sur la faune et la biodiversité. Ces questions ont déjà
été soulevées dans le cas du soya RR. Une étude a montré que
le glyphosate peut nuire à des bactéries bénéfiques du sol qui
vivent en association avec le soya, alors qu'une autre a
observé l'incidence plus élevée d'une maladie fongique des
fèves de soya traitées au glyphosate.
Le blé RR poserait aussi un risque pour
la qualité de l'eau. Une étude a conclu que le glyphosate peut
être facilement libéré des particules du sol et ainsi
s'infiltrer dans l'eau. Lorsque plusieurs facteurs sont
présents, le Roundup peut être toxique pour les poissons;
ainsi, dans certains contextes, des concentrations aussi
faibles que 10 parties par million de glyphosate peuvent les
tuer. La contamination par dérive des bourrelets et de
la végétation indigène voisine peut nuire aux plantes et
fleurs sauvages et ainsi appauvrir la biodiversité en menaçant
les ressources dont dépendent les insectes, les oiseaux et les
mammifères.
6. Les systèmes canadien et américain de
réglementation des plantes transgéniques sont si déficients
que nous ne pouvons être certains que le blé transgénique soit
sûr pour l'environnement et les êtres humains.
Comme le blé est consommé à très grande
échelle sous une forme minimalement transformée, il pourrait
représenter la première expérience vraiment importante d'une
diète GM sur la santé humaine. Il est loin d'être certain que
les agences de réglementation soient capables d'évaluer les
incidences sur la santé de ce qui pourrait s'avérer être la
plus importante introduction de denrées transgéniques dans
l'alimentation humaine. Étant donné le refus des gouvernements
aux États-Unis et au Canada d'exiger l'étiquetage obligatoire
de ces produits, il n'existe aucune façon systématique de
mesurer les effets à long terme sur la santé de la
consommation massive mais non retraçable d'aliments
transgéniques.
Une faille déterminante des systèmes
étasunien et canadien de réglementation est qu'ils sont
incapables d'évaluer les dommages potentiels décrits ci-dessus
que pourraient causer les cultures GM à la santé et
l'environnement. Les problèmes systématiques de la
réglementation actuelle se situent à quatre
niveaux.
1. L'absence d'un cadre juridique
pour les organismes transgéniques. Contrairement aux produits
chimiques toxiques, les organismes GM libérés dans
l'environnement sont vivants et peuvent se reproduire.
Cependant, à quelques modifications mineures près, les règles
s'appliquant aux plantes GM sont basées sur la législation et
la réglementation existantes lesquelles ont été conçues pour
d'autres types de substances et pour prévenir les fraudes, non
pas pour des organismes transgéniques libérés dans
l'environnement;
2. Les bases idéologiques,
administratives et scientifiques de la réglementation comportent des failles sérieuses
qui entraînent des vices de forme dans l'évaluation des risques pour la santé et
l'environnement; 3. Les agences de réglementation ont
démontré leurs faibles connaissances écologiques en acceptant
sans réserves des demandes de commercialisation de l'industrie
comportant des données écologiques déficientes; et
4. La bureaucratie et les politiques
des agences de réglementation produisent des décisions à
courte vue.
Tous ces éléments contribuent à une
compréhension inadéquate des effets des OGM sur
l'environnement et la santé humaine, lesquels sont au cour
même des préoccupations concernant l'appareil réglementaire.
Les systèmes réglementaires sont mal équipés pour évaluer
l'interaction entre les plantes GM et la foule d'organismes
vivants qui cohabitent avec elles, y compris les êtres
humains.
Conclusions
L'introduction du blé GM comporte des
risques inutiles et dangereux. Le blé GM procurerait peu ou
aucun avantage aux producteurs et fermerait les principaux
marchés d'exportation du blé étasunien et canadien. Étant
donné les perturbations économiques et écologiques qui
pourraient résulter de l'introduction du blé GM, il serait
dangereux de l'approuver et de le commercialiser. Étant donné
la structure et la capacité actuelles des agences de
réglementation aux États-Unis et au Canada, nous avons de
bonnes raisons de craindre qu'aucune évaluation économique,
environnementale ou sanitaire rigoureuse ne soit faite du blé
RR ou des autres blés GM. Ainsi, il faudrait empêcher la
libération dans l'environnement, la production commerciale et
la consommation du blé GM.
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